Mon avis sur le rapport d’Amnesty International (Par Ibrahima S. Traoré)

Dans un rapport sur la Guinée, remis à la presse ce mercredi 13 novembre, Amnesty International rappelle sa vision qui est ‘‘celle d’un monde où chacun peut se prévaloir de tous les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans d’autres textes internationaux relatifs aux droits humains’’. L’organisation non gouvernementale (ONG) internationale qui promeut la défense des droits de l’homme et le respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme, rappelle aussi qu’elle est ‘‘indépendante de tout gouvernement, de toute tendance politique, de toute puissance économique et de tout groupement religieux’’.

On
peut bien se poser des questions sur la sincérité de cette dernière
autodéfense. ‘‘Indépendante de toute tendance politique’’ ? La question
mérite d’être posée dès lors qu’en Guinée, ces derniers temps, deux tendances
politiques se distinguent autour de l’adoption d’une nouvelle constitution par
référendum ou le maintien de l’actuelle constitution imposée par le régime des
Putschistes de la fin des années 2000. Toutes les deux tendances se font
entendre à travers les manifestations de rues et des boucans sur des réseaux
sociaux.

Mais
Amnesty International ne trouve noble que la position défendue par l’opposition
qu’elle qualifie de ‘‘pro-démocratie’’. Lire, pour s’en rendre compte, cette
déclaration de Marie-Evelyne
Petrus Barry, directrice pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty
International : « Neuf manifestants ont été tués le mois dernier lors
des manifestations contre une éventuelle révision de la Constitution. Les
leaders des mouvements pro-démocratie et de nombreux manifestants ont été
arrêtés. C’est un affront pour les droits humains et une tentative violente
visant à museler la dissidence. »

Le cas de la Guinée est particulier et mérite
que les ONG internationales sortent des stéréotypes pour y voir de très près.
Exemple, aussi bizarre que cela puisse paraitre, en Guinée, le FNDC
(l’opposition et ses alliés) tente beaucoup plus à ‘‘museler la dissidence’’ que
le camp d’en face. En témoigne ces fameuses listes de supposés ‘‘promoteurs
d’un troisième mandat pour Alpha Condé’’. Des listes dans lesquelles sont
mentionnés des noms de personnes dont le crime est de dire leur opinion sur le
changement de constitution. Une opinion différente des leurs.

Pis, à Boffa, à environ 130 km, au nord de Conakry, le site guineematin a rapporté le 17 septembre dernier, que ‘‘l’antenne préfectorale du FNDC a empêché une nouvelle fois la tenue de la journée de consultation organisée par une association d’enseignants favorable au changement de l’actuelle constitution guinéenne’’. La complexité de la situation en Guinée révèle qu’il n’y a pas que le pouvoir qui use de la violence ; qui se montre prédateur des droits de l’homme.

Pour rappel, en février 2016, le
journaliste Mohamed Koula Diallo de guinee7.com, a été froidement abattu au
siège de l’UFDG, principal parti de l’opposition, tête de pont du FNDC. Cet
assassinat dont ne fait pas cas le rapport de Amnesty –qui couvre cependant la
période qui va de janvier 2015 à septembre 2019-, s’est fait lors d’une rixe
entre camps opposés au sein du parti.

Par ailleurs, selon le rapport de l’ONG, ‘‘depuis son dernier
examen en 2015, au moins 61 personnes ont été tuées en Guinée lors de manifestations.
Les auteurs présumés sont la plupart du temps des membres des forces de sécurité.
Deux membres des forces de sécurité sont morts lors des manifestations pendant
la même période’’.

Si les ‘‘enquêtes’’ de l’ONG ont pu indexer les membres des forces de l’ordre comme étant les présumés auteurs des personnes tuées (Comme par coïncidence les mêmes accusations sont portées par l’opposition contre les forces de l’ordre) ; le rapport est cependant muet sur l’origine de la ‘‘mort’’ (sic) des membres des forces de sécurité.

En un mot ou en mille, en plusieurs points, la crédibilité du rapport de Amnesty International est entachée.

Lire aussi: Défense des journalistes/Le ‘‘deux poids et deux mesures’’ de RSF, Amnesty International, OGDH (article réédité)

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