Alpha Condé au centre d’un complot ourdi par la France ?

L’affaire du
soutien aux intégristes de la pensée, autoproclamés « peuple de
Guinée », commence comme le générique de début d’un mauvais film de série
B. Le clap de début de tournage est donné, en janvier dernier, par Jean-Yves Le
Drian, le chef de la diplomatie française : « C’est la
situation la plus sensible aujourd’hui  (dans
la région) et l’engagement du président Alpha Condé à demander une réforme de
la Constitution ne nous paraît pas être obligatoirement partagé ni par sa
population ni par ses voisins
 ». Comme dans un rêve ! C’est à
croire que Monsieur le ministre des Affaires étrangères avait des trous de
mémoire sélectifs par rapport aux changements de Constitution dans tous ces
pays d’Afrique centrale et de l’ouest, pouponnés par Paris. Jusque-là, la France avait pourtant opté
pour la discrétion sur le « dossier Guinée ». Pourquoi une telle
agressivité assumée et si peu diplomatique ? Bien malin celui qui peut
répondre sérieusement à cette question.

Depuis, la
machine a été mise en branle pour acculer le régime d’Alpha Condé, trop
indépendant aux yeux d’une certaine France. Pendant que les Américains font avec
la « real politik » en défendant le pouvoir inaliénable du peuple à
décider de sa destinée, la France, elle, paternaliste et un brin
condescendante, comme le plus souvent, choisit son camp, et engage une guerre
quasi ouverte contre le pouvoir de Conakry. Selon nos informations, elle aurait
même introduit, sans succès, une résolution contre la Guinée au conseil de
sécurité de l’ONU.

N’ayant, pour
le moment, pas réussi à rallier à sa cause la plupart des pays non européens,
l’ancienne puissance colonisatrice de la Guinée, réussit à l’aide des
eurodéputés à faire voter une résolution du parlement européen contre la
Guinée. Chose inédite parce que « l’évaluation
des droits civils et politiques  se fait devant le comité des droits de
l’homme chargé de surveiller l’application du Pacte international relatif aux
droits civil et politique et devant le conseil des droits de l’homme lors de
l’EPU et non devant le parlement européen qui ne s’occupe que de défendre les
intérêts du peuple européen à travers le droit communautaire européen
 », fait remarquer
un juriste.

En Guinée, les opposants d’Alpha Condé réunis au sein du FNDC, jurent
que le référendum et les législatives n’auront pas lieu le 1er mars
(Alpha Condé va finalement les reporter pour 2 semaines). Au fur et à mesure
que l’on avance, ils se rendent compte que les actions sporadiques qu’ils posent
çà et là ne peuvent empêcher la tenue des élections. Alors question : Quoi
faire ? Il faut décrédibiliser les élections. L’OIF (organisation
internationale de la Francophonie) qui a suivi tout le processus, entre dans le
jeu et déclare se retirer du processus. Beaucoup y voient la main noire de la
France…

Quoiqu’il en soit, se retirer à la fin d’un processus qu’on a entretenu
dès le début montre qu’il y a anguille sous roche. L’affaire crée des
désagréments au sein de l’institution francophone, à 72 heures du double scrutin législatif et
référendaire du 1er mars, Tiéman Hubert Coulibaly, chef de mission de l’OIF en
Guinée annonce à JA que « l’OIF n’a jamais annoncé le retrait de son soutien au
processus électoral ». Un joli jeu de jambes mais le mal était fait !

Cette
situation n’est pas finie quand soudain, RFI (Radio France Internationale)
annonce l’avortement d’une mission de haut niveau de la CEDEAO en Guinée. Selon
nos confrères de Mediaguinee, les membres de la mission composée semble-t-il
des présidents Roch Kaboré du Burkina, de Akufu Addo du Ghana, de Buhari du
Nigeria, n’étaient tous pas au courant de cette mission. Seul son initiateur
qui allait être le chef de mission, Issoufou du Niger, par ailleurs président
en exercice de la CEDEAO, connaissait tout. Et nos confrères de révéler que
« du côté du palais Sékhoutouréya, on
soupçonne une grande puissance étrangère d’être derrière les manœuvres bizarres
du leader nigérien (Issoufou), jadis très proche du Guinéen (Alpha
Condé) ». Cette grande puissance serait… la France.

De toute
façon, cette mission de « bonne volonté » de Issoufou n’a pas pu se faire
à un jour des scrutins pour « porter un message de paix et de solidarité à l’endroit
du peuple et du gouvernement guinéen, dans une période importante pour ce pays
frère ». Mais le
Nigérien a tout de même réussi à taper là où ça fait mal. « A quelques jours des
scrutins, l’existence de certains facteurs qui laissent supposer que la
situation sur place n’est pas exempte de tout risque, il a été demandé à la
Commission de renoncer à déployer une mission d’observation des élections »,
a annoncé un communiqué de la CEDEAO signé, curieusement, depuis Niamey (le
siège de l’institution se trouve à Abuja). Le lendemain, ce 28 février, naturellement,
l’UA lui emboite le pas et enfonce le clou. « La position de
l’organisation continentale alignée, en vertu du principe de la subsidiarité,
sur celle de l’organisation régionale, en l’occurrence la CEDEAO, amène à
reconsidérer le maintien de la mission d’observation de l’Union africaine déjà
en place », justifie l’organisation continentale. Le vase est plein !

La situation se complique. Un haut cadre de l’Etat reconnait que
« tout cela montre que la France a décidé de nous fatiguer. Nous avions
sous-estimé sa force de nuisance, mais nous avions tort ».

Alpha Condé et la
France : Les raisons d’un désamour

Alpha Condé qui a passé l’essentiel de son temps en France, compte de
nombreux amis parmi les politiques français. En avril 2017, en visite d’Etat en
France, le président Condé a reçu, à son hôtel, les mastodontes de la politique
française dont un certain Emmanuel Macron, à l’époque candidat à la
présidentielle française. Celui-ci président de la France, se débarrasse de la
plupart des vieux briscards de la politique française, en tout cas ceux de la
génération Alpha. De là à comprendre que l’actuel président français veut
régler de vieux comptes avec les « socialistes », allez y
savoir ! En tout cas, le président guinéen pour se faire entendre, ne peut
pas compter sur Le Drian, par exemple, un de ses amis, mais qui ne fait pas le
poids…

Qu’à cela ne tienne ! Le président Condé qui depuis son élection a,
à mainte reprises, fait des appels de pieds au Medef (les patrons français)
pour qu’ils investissent en Guinée, sans succès, se tourne petit à petit vers
le monde anglo-saxon, la Chine, la Russie, la Turquie, les pays arabes, etc.

En Côte d’Ivoire, il déclare qu’il faut « couper le cordon
ombilical avec la France ». La phrase était si osée que le président
Ouattara pour détendre l’atmosphère, lança : « j’ai oublié de dire à
Alpha que le micro était ouvert ! »

Cette phrase ressortait exactement la pensée du président guinéen qui,
le plus souvent dans ses discours, conseille l’apprentissage de l’anglais pour
maitriser la technologie. Ce n’est pas tout. Alpha Condé est parmi les
principaux initiateurs et/ou apôtres des rencontres Russie/Afrique ;
Chine/Afrique ; etc. En un mot ou en mille, il fait marcher les autres sur
les plates-bandes de la France. C’est sans compter que la France est quasi
absente dans l’exploitation des richesses minières de la Guinée contrôlées en
grande partie par des Chinois.

Pendant que son principal rival, CellouDalein Diallo, défend le Franc
CFA avec des arguments à la limite de l’obséquiosité, Alpha Condé lui, se
montre hostile à un ECO (monnaie devant remplacer le Franc CFA) arrimé à
l’Euro. Des attitudes de rebelle que la France semble décider de mater avec des
méthodes sournoises, quitte à mettre en péril la stabilité du pays.

Ibrahima S.  Traoré pour guinee7.com

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