Liberté de la presse/ Les journalistes guinéens stigmatisés par le fait du Covid19

Placée cette année sous le thème « journalisme sans crainte ni complaisance », la journée mondiale dédiée à la cause de la liberté de la presse dans le monde entier a été célébrée ce 3 mai 2020.

En Guinée, cette journée est célébrée cette fois-ci avec peu d’engouement, certainement à cause de la crise sanitaire que le monde traverse.

Cependant, sur le classement mondial en matière de liberté de la presse publié par l’ONG Reporters sans frontière (RSF), la République de Guinée a chuté de 3 point. Le pays quitte la 107è place en 2019 pour la 110è place. Une dégringolade que l’ONG explique sur sa page par le fait que « le régime du président Alpha Condé n’est pas tendre envers la presse. Le président tient souvent des propos sévères envers les médias nationaux et internationaux, et les organisations de la défense de la liberté de la presse. Les autorités tentent régulièrement de censurer les médias critiques du pouvoir sous prétextes administratifs ou juridiques ».

Elle  rappelle entre autres violations « ces dernières années, l’accréditation du correspondant de RSF et RFI a été suspendue à la suite d’une enquête sur la responsabilité présumée de militaires dans la mort de deux hommes (…) Malgré la dépénalisation des délits de presse dans le pays, il arrive encore que des journalistes fassent l’objet d’arrestations et de détentions qui peuvent durer plusieurs jours… »

Malgré le thème de cette année qui semble annoncer la fin des ennuis pour les journalistes, ces derniers en Guinée semblent être plutôt inquiets, vu les démêlés que ces derniers ont eus avec les forces de l’ordre et certains commis de l’Etat. Des situations ayant quelques fois conduit, a des violences, arrestations et emprisonnements…

Par ailleurs, l’assassinat du journaliste Mohamed Koula Diallo au siège de l’UFDG en 2016, avait endeuillé la presse et suscité une vive émotion et un sentiment d’indignation dans la famille médiatique en Guinée.

Ibrahima Sory Traoré, patron de ce dernier, garde un mauvais souvenir de cette affaire qui d’après lui a été politisée.

« Ça c’est la pire des formes de la prédation du métier de journaliste. On ne devrait de toute façon pas tuer quelqu’un parce qu’il fait son travail. Il était inoffensif. Il n’avait que son stylo et son carnet. Donc ça c’est une forme grave contre la liberté de la presse. Ce qui est quand même dommage, est que cette affaire a été traité dès le départ sous l‘angle de la politique. Si fait que même les organisations de lutte pour la défense des droits des journalistes ne s’y intéressent pratiquement pas. Nous avons tout fait au niveau de Reporters sans frontière et chez les autres aussi. Il n’y a aucune pression, parce que nous pensons que cette fois-ci le journaliste a été tué pas dans le jardin du pouvoir, ou par un membre des forces de l’ordre. Mais malheureusement au siège d’un parti politique de l’opposition. Et jamais justice n’a été rendue. Donc  je ne sais pas pourquoi on pense qu’il ne faut pas trop en parler », a dénoncé le patron du site guinee7.com.

Et d’espérer par ailleurs qu’un jour lumière soit faite sur cette affaire : « C’est vraiment dommage, parce que jusqu’à présent justice n’a pas été rendue. Ça veut dire que c’est très dangereux pour les journalistes, parce qu’ils peuvent être tués sans que justice ne soit rendue. Ce qui reste aujourd’hui, C’est juste cette envie de lui rendre justice. Si on peut encore une fois rouvrir ce dossier et qu’on puisse vraiment mettre le grappin sur celui qui a tiré sur Koula Diallo, c’est tout ce qu’il faut encore espérer. »

La mort n’est pas le seul mal que ces journalistes vivent au jour le jour. Sur le terrain, c’est une vraie bataille pour dénicher une source, qui puisse par sa contribution faire aboutir une investigation. Face aux journalistes, les portes restent closes et les langues se lient de plus en plus.

Dans le pays, les journalistes aspirent à une plus grande liberté dans la collecte de l’information. C’est notamment le cas de Naby Moussa Soumah, qui a dénoncé à notre micro, la rétention d’information  au niveau d’une structure étatique. « J’ai été victime de rétention de l’information. Au niveau de la mairie de Kaloum, je voulais des informations concernant le fonctionnement de la commune. J’ai mainte fois appelé la maire de la commune qui m’a dit d’appeler le chargé de communication. Ce dernier me donne un programme, je me rends là-bas, impossible de rencontrer l’un et l’autre », a témoigné ce reporter du site actualité féminine.

Victime de trois arrestations, le 10 janvier 2020 et les 20, 21 mars 2020, de la part des forces de l’ordre, Amadou Tidiane Diallo du journal l’Indépendant signale ce qu’on lui a répété à chaque fois qu’il s’est présenté aux forces de l’ordre comme étant journaliste. « Pour le cas spécifique du 21 mars 2020, au rondpoint de Bambeto, lorsqu’ils m’ont arrêté, je leur ai dit que je suis journaliste et d’autres même me disaient que vous êtes des journalistes vendus. Ce n’était pas une première fois que j’entendais cela. Même lorsqu’on m’a arrêté en janvier à Dar-es-Salam, c’était les mêmes propos. Beaucoup d’agents disent que les journalistes qui couvrent les manifestations se sont les journalistes de l’opposition, surtout de l’UFDG », a-t-il déploré.

Pour Siddy Diallo, secrétaire général du Syndicat de la presse privée de Guinée, le classement de RSF est dû au fait que « notre pays a perdu les trois places. Pour moi ça s’expliquerait par le fait que ces derniers temps, malheureusement des journalistes ont été trimbalés devant les tribunaux, vous avez vu des journalistes qui ont été intimidés, harcelés, certains qui ont été mêmes conduits au niveau de la DPJ comme si on avait à faire aux criminels en lieu et place de la haute autorité de la communication. Vous avez aussi vu le comportement de certains juges zélés, qui sont allé malheureusement jusqu’à enfermer des journalistes… »

« Il faut que les gens arrivent à adopter la bonne stratégie. Quand un journaliste, selon vous, n’a peut-être pas bien fait son travail, c’est d’aller déposer votre plainte au niveau de la haute autorité de la communication, où il y a une commission discipline qui peut recadrer le journaliste. Parce que c’est cette institution qui peut aller jusqu’à retirer la carte professionnelle, le suspendre et qui peut aller jusqu’à fermer le média », a-t-il enfin encouragé.

Pire, les journalistes sont stigmatisés depuis l’apparition du Covid19 en Guinée. Leurs parents et autres connaissances les indexent comme des gens à risquent parce qu’ils côtoient des milieux où la maladie sévit. Il faut rappeler que plus d’une quinzaine de journalistes ont été déclarés positifs au Covid 19 en Guinée.

Abdou Lory Sylla pour guinee7.com

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