Nouhou Badiar Diallo ouvre sa lettre à Alpha Condé

Monsieur le Président, Il est indigne d’un patriote véritable qu’il hésite à prendre position sur des questions essentielles sans servir l’injustice et l’erreur. C’est donc en ma qualité de patriote ayant longtemps dénoncé votre manière de gouverner la Guinée sans pour autant s’en prendre en votre personne privée, que je me sens dans l’obligation de vous faire part de mon opinion à propos de la crise que traverse actuellement notre pays.

A défaut d’une opposition expérimentée et politiquement déterminée, vous avez pu mettre en jeu votre expérience politique, les fonds publics et les forces de l’ordre pour vous assurer le 3e mandat.

Monsieur le Président

Vous voulez un 3e Mandat ? Je vous le concède personnellement car vous avez en face de vous une opposition qui décide naïvement à vous accompagner. Une opposition maladroite, disparate, confuse et non déterminée. Mieux encore, vos prédécesseurs démocratiquement élus sont tous morts au pouvoir en passant leur temps tout comme vous, à contourner l’alternance démocratique à chaque fois que l’occasion se présentait. Dans le contexte guinéen, vous refuser le 3e mandat n’est naturellement pas juste car nous avons des réalités qui sont nôtres et des valeurs qui nous démarquent des autres, chez nous elles y sont comprises mais qui ne sont malheureusement pas comprises ailleurs, Mais est-ce raison de freiner et de nous en vouloir autant ?

Cependant, Monsieur le Président, en poursuivant votre Présidence à vie,
démontrez aux Guinéens que la Guinée est plus importante à vos yeux que l’ambition de l’homme, refusez de suivre la déraison, les peurs et les instincts égoïstes de ceux qui vous entourent. Ouvrez la voie à un changement pacifique, permettez au peuple de s’affranchir de ce système dévoyé… Soyez l’homme qui clôture la légitimité révolutionnaire en permettant au pays de s’engager sur la voie de la légitimité populaire.

Le pays attend de vous cette décision. C’est à cette seule condition que la Guinée renouera avec l’espoir, s’éloignera des tensions fratricides et des dérives intolérables. Elle doit s’engager à cet effet dans une transition pour construire des institutions légitimes et solides. C’est le préalable pour ériger l’Etat de droit et la démocratie, seul objectif à même d’assurer la paix et la prospérité pour les générations à venir. C’est pourquoi je vous exhorte à prendre dès le début de votre 3e Mandat des mesures fortes, audacieuses et concrètes pour qu’une nette rupture puisse avoir lieu avec les pratiques abusives du passé. Cela vous permettra j’en suis certain de laisser des traces positives de votre passage à la tête de notre pays.

Monsieur le Président

Aujourd’hui, vous êtes beaucoup entouré, vous l’êtes tellement que le mur humain que vous aviez choisi de vous entourer vous cache non seulement la vue mais aussi vous éloigne de la véritable réalité, du vécu et le quotidien guinéen basés et construit depuis peu sur des braises qui ne font qu’assombrir le destin clair du peuple de guinée. Je me dois donc de douter sur la moralité de vos conseillers. Si vous n’aviez pas autour de vous des conseillers qui veulent votre perte, des hommes de paille qui ne rêvent que d’écorner votre image, vous n’alliez pas vous engager à utiliser les moyens de la violence et de la terreur contre votre propre peuple. Ces pièges cousus de fil blanc qui viennent de vous et de vos propres hommes constituent un enjeu majeur qui alimente la crise socio-politique que nous traversons actuellement en Guinée. Je crois qu’il est encore temps de vous éloigner de ce chemin et de faire tout votre possible pour conduire la Guinée vers la paix et la prospérité au cours de votre 3e mandat.

Monsieur le Président,
Nous sommes tous, les héritiers de Femmes et d’Hommes qui ont sacrifié leur vie et leur jeunesse pour inscrire notre pays parmi les grands. Nous avons hérité de leur fierté d’être Guinéen, de leur dignité à « vivre et mourir debout » mais aussi de leur attachement aux principes de démocratie, d’égalité, de solidarité et de justice sociale. La gloire d’une révolution anticoloniale aboutie, nous a permis de prendre l’indépendance et conforter notre certitude que le sens de l’impossible n’est pas, ne peut pas, ne doit pas être guinéen. Mais, nous ne pouvons plus nous contenter de vivre sur nos lauriers. Nous en avons trop usés et abusés pour des causes qui ne se sont pas avérées aussi nobles qu’elles étaient annoncées.

La reconstruction de notre pays et le relèvement du niveau de vie de notre société sont de l’ordre du possible. Chaque jour, la rue guinéenne le fait savoir en criant les aspirations d’une jeunesse désespérée et la volonté d’un peuple à vivre un présent apaisé et à espérer un avenir meilleur.

Le génie et l’habileté sont des qualités indéniables chez les Guinéennes et les Guinéens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Nous devons nous appuyer sur ces facilités pour bâtir un nouveau projet politique, social et économique.
L’avenir de notre pays dépend inéluctablement de la jeunesse d’aujourd’hui, nous avons donc le devoir de mettre nos compétences au service de son insertion sociale et professionnelle.

Monsieur le Président

Peut-être est-ce mon désir de survivre à ces velléités et de vivre dans ma dignité d’être humain qui me laisse espérer que vous pourriez encore œuvrer et aider la Guinée et son peuple.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, mes salutations les plus patriotiques.

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